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Thème 31-39/ Thème 31-39/D Médiation géographique : Pratiques et savoirs

 

Porteurs du projet : Isabelle Lefort, Philippe Pelletier, Christian Montès (Université Lyon 2)

 

Le monde semble désormais fini : découvert, traversé, défriché, exploité, photographié, filmé, très aménagé. De ce point de vue, la géographie aurait rempli sa fonction historique, et atteint ses limites. Simultanément, elle paraît atteindre un certain palier sur le plan épistémologique et méthodologique. Elle vit sur ses acquis. Or, malgré ces apparences, il reste encore des choses à réfléchir, à dire et à faire pour les géographes dans un monde faussement uniformisé par la marchandise et fragmenté par les pouvoirs.
Les mutations mondiales (environnement, inégalités socio-spatiales, bouleversements géopolitiques, confrontations des valeurs....) renvoient fondamentalement à l'évolution des territoires, objet de réflexion et d’action des géographes. Tout cela comporte sans doute un air de déjà vu. Mais il importe de peaufiner les outils disciplinaires adaptés à ces mutations et renforcer les passerelles entre les différents domaines de la discipline, en liaison avec les autres sciences.
La proposition de « médiation géographique » recouvre ainsi un triple questionnement qui inscrit d’amont en aval la géographie dans le champ social et politique concernant :
- Les modalités de fabrication des savoirs géographiques, à partir d’un double foyer de production : foyer savant (géographie académique) et foyer de l’expertise (géographie appliquée ou impliquée).
- Les conditions de circulation de ces savoirs au sein de la société et du politique, allant de la transmission scolaire et universitaire à la percolation médiatique et opérationnelle.
- Le transfert de notions venues d’autres disciplines (par exemple : développement durable, jeu d’acteurs, régionalisation économique…) et leur adaptation dans le champ réflexif de la géographie.

 

1. Bilan des pratiques et retour sur les savoirs
Une démarche introspective et critique a conduit les géographes français vers l’histoire de leur discipline (A. Meynier, Numa Broc) puis vers une épistémologie essentiellement rétrospective (P. Claval, M-C. Robic, V. Berdoulay, A. Reynaud, A.-L. Sanguin). Nos connaissances sur les conditions d’émergence, de structuration et d’institutionnalisation de la discipline sont désormais bien balisées. Il reste sans doute des questionnements à affiner, des investigations à mener au sujet de nos grands ancêtres et de nos pères fondateurs (exemple du colloque international « Elisée Reclus et nos géographies, textes et prétextes » organisé en septembre 2005, en partenariat avec l’UMR). Mais il est légitime de considérer que ce socle de connaissances est aujourd’hui assez bien posé.
Ce n’est donc pas tant vers ce type de démarche que cette proposition d’axe de recherche s’oriente que vers une réflexion renouvelée sur la nature et le statut de la géographie contemporaine, débouchant sur un nouveau contrat scientifique.

A la base se trouve la très vieille question du statut de la science. Le débat s’articule, très classiquement, autour de deux pôles. D’un côté, une activité intellectuelle gratuite, ne poursuivant qu’un seul objectif, celui d’une connaissance toujours plus approfondie du monde qui nous entoure, sur fond de dévoilement de la vérité. De l’autre, une connaissance dont les applications sont intrinsèquement et explicitement finalisées dans la pratique sociétale. On reconnaît là le couple identifié par M. Foucault entre science et savoir.

La géographie définie comme science, résultat d’une procédure d’institutionnalisation et d’une recherche de légitimité a vécu les débats épistémologiques et les remises en question paradigmatiques des années 1970. Conjointement, la scientifisation du politique et le développement des fonctions d’expertise ont redessiné une fonction professionnalisante au sein de la discipline, ou autour de celle-ci (urbanisme, relations internationales…). Redessiner, dans la mesure où la géographie a historiquement déployé ses discours dans l’orbite du pouvoir. Ces points-là sont également bien connus (Y. Lacoste, R. Brunet).

La question de la demande sociale constitue en fait une boîte noire, qui doit être ouverte. Le thème de l’utilité renvoie à une lecture validée de la géographie comme étant liée au pouvoir. Contrairement aux sociologues (B. Lahire), les géographes n’ont pas construit la relation au pouvoir comme objet de débat intra-heuristique. La question n’a guère avancé depuis l’analyse de la neutralisation vidalienne (avec ses périphériques d’experts du Prince, dont on peut considérer qu’ils fonctionnent soit comme des alibis, soit comme des contre-feux à une lecture dépolitisée de la géographie classique), depuis également les ouvrages de positionnement de la géographie active ou appliquée des années soixante et même des lectures géopolitiques des années soixante-dix (Cl. Raffestin). Bref, il semble de nos jours admis que la production géographique fonctionne selon deux logiques non contradictoires, celles d’une géographie fondamentale et celle d’une géographie appliquée, contractualisée, opératoire, sans qu’ait été amorcé un questionnement réel sur leurs interrelations.
Or, tant du point de vue de la structuration des filières d’enseignement que de l’organisation de la recherche, la dimension « professionnelle » de la géographie est très superficiellement résolue. En fait, elle ne l’est aucunement. Les liens et les relations entre lieux de production dits savants et lieux de mise en acte de savoirs dits géographique sont encore mal connus. La référence à la notion de demande sociale cherche à pallier intellectuellement cette lacune, mais sans plus de précisions. Tout au plus permet-elle aux géographes de continuer à faire fonctionner des structures d’enseignements et de laboratoire sous la forme d’un aggiornamento, tacite au mieux, non conscientisé au pire. Cette situation de fait ne résout aucunement la question de fond qui continue de circuler dans le corps disciplinaire (mais cela n’intéresse-t-il pas qu’un petit nombre d’individus en mal de reproduction ?). Elle ne permet pas davantage aux géographes de se reposer la question, légitime au plus haut point, de leur fonction et de leur fonctionnement intellectuel alors même que leur statut ou leur positionnement semblent être rognés, voire remis en cause.

Même si l’on considère que la géographie constitue une science, sur un horizon de gratuité intellectuelle (« la science pour la science » comme il y eut « l’art pour l’art »), il n’en demeure pas moins nécessaire de penser (et de se donner les outils rationnels pour penser) les liens qui rattachent cette production aux recherches contractualisées qui constituent actuellement la part la plus importante des travaux menés. A l’opposé, si l’on considère que la géographie est fondamentalement finalisée par une application et une circulation, raisonnées et impliquées dans le corps politique et social, bref, qu’il est de sa nature et de son ressort de participer à la vie de la cité, il faut encore plus nettement ouvrir le débat : qui guide quoi ?
Dans l’un et l’autre cas, il faut interroger les synergies, fonctionnements et dysfonctionnements, modalités matérielles et symboliques des relations entre production scientifique et expertise, pour prendre comme commodité initiale, ce terme générique. A l’amont, on retrouve une partie du débat sur la géographie sociale, mais une partie seulement. Le débat est ici plus radical, puisqu’il engage l’ensemble des champs de recherche des géographes et non pas seulement de ceux qui se revendiquent d’une appartenance à ce courant de la géographie, d’ailleurs infiniment moins vivace que dans les années soixante-dix. Pour être légitime et pertinent, il doit dépasser tout ethno-centrisme et tendre vers une « géographie universaliste » (Ph. Pelletier).

D’une certaine manière, ce n’est plus de la question sociale qu’il s’agit mais de l’inscription sociale d’un champ de connaissances, qui a ses murs, ses chercheurs, ses filières de transmission…. La facilité avec laquelle les géographes ont pris en charge et font fructifier « la durabilité » dans leurs travaux illustre pleinement ce propos. Outre le fait que la notion, transférée de la sphère publique et médiatique, n’a guère fait l’objet d’une appropriation conscientisée et critique par les géographes, elle leur a offert un nouveau grain à moudre, « modernisateur », socialement « vendeur », re-légitimant des champs de réflexion et d’intervention, aussi bien chez les tenants d’une posture « scientifique » que chez ceux qui revendiquent leur dimension professionnelle et impliquée (I. Lefort).

Par conséquent, si la « scientifisation » du politique et le développement des fonctions d’expertise ont redessiné une fonction « professionnalisante » à la géographie et si l’existence d’une géographie impliquée semble aujourd’hui validée au sein de la discipline et partiellement reconnue par la société, il devient nécessaire de construire ces synergies en objet de recherche scientifique. Il faut donc aujourd’hui ré-interroger ces pratiques pour comprendre la tangence de notre discipline et la validation de son inscription dans le corps social et politique.

 

2. Les champs d’investigation
Sur cet horizon, il est possible de construire une problématique large et fédératrice : large parce que faisant appel à des synergies pluridisciplinaires déjà en place au sein de l’UMR (géographie, sociologie, urbanisme…) ; fédératrice dans la mesure où le questionnement est transversal aux coupures plus ou moins poreuses de la géographie, au-delà des découpages entre sections 31 et 39.
De fait les recherches menées sur l’Ingénierie et production urbaines comme sur les dynamiques urbaines (politiques urbaines, jeu des acteurs, métropolisation, gouvernance urbaine) sont concernées par les pratiques d’interrelations entre sphère politique et gestionnaire, d’une part, et sphère scientifique d’autre part, sans compter les actions d’expertises. La « durabilité » entendue au sens environnemental et/ou territorial et social constitue un référent transversal  au titre d’une interrogation qui porte soit sur l’ « interface nature-sociétés » ou la gestion environnementale, soit sur la production urbaine des espaces, y compris des territoires récréatifs et touristiques.

Il est même loisible d’envisager une mise en œuvre plus intégratrice encore, en exploitant la pluridisciplinarité représentée au sein de l’UMR.  La démarche proposée relève en effet, mais non exclusivement, d’une posture épistémologique de type sociologie des sciences (B. Latour). La proposition peut alors se décliner comme une construction de l’UMR en « laboratoire » d’analyse de la construction des savoirs géographiques à l’interface entre demande sociale, expertise et production scientifique.
Il s’agit là donc d’élaborer des matrices de traçabilité de la production géographique. On fait ici l’hypothèse que cette traçabilité doit permettre de passer d’une lecture descendante (géographie savante vers son application opératoire) à une lecture réversible de la production de savoirs. Ce dispositif ré-interroge la question de l’amplification/généralisation de l’expertise du local au global. Pour le dire autrement : comment, selon quelles modalités et quelles valorisations, l’expertise et l’opérationnel font-ils avancer la connaissance savante ? Conséquemment, la dichotomie intellectuelle entre géographie fondamentale et géographie appliquée ou opérationnelle se dissoudrait dans le cadre d’un nouveau processus scientifique. L’épistémologie de la géographie adopterait ainsi un nouveau paradigme permettant de dépasser le binôme insoluble entre réalisme et constructivisme).

La réflexion sur la « médiation géographique » dans le champ social et politique porte donc sur la fabrique de savoirs (expertise critique de l’expertise géographique) et la fabrique de visibilité des territoires (les nouvelles cartes du monde).

  • Démonter  et mettre à jour les mécanismes de gestion, de délimitation et d’identité  des territoires (en prenant en compte les « objets » géographiques (risques, environnement ou tourisme).  Explorer la faiblesse d’une « intelligence » commune entre les catégories utilisées  par les acteurs (gestionnaires, politiques mais également médiatiques) et par les géographes.
  • Déchiffrer et relire les notions et les concepts usités dans la discipline géographique : endogènes et surtout exogènes (transfert de concepts économistes, sociologiques ou politiques). Parmi ces concepts utilisés par les géographes, certains font ou ont fait l’objet de travaux de la part des chercheurs engagés dans cet axe : durabilité (de l’environnemental au territorial), patrimoine (du culturel au géographique), acteurs (agents, acteurs, actants). L’approche par le « jeu des acteurs » est aujourd’hui une « évidence » pour les géographes. Or la notion même, transférée du champ sociologique, constitue en soi un choix théorique et très peu identifié par les géographes. Au-delà de la terminologie, la question soulève un positionnement épistémologique (structuralisme, interactionnisme) non explicite et non explicité.
  • Décrypter les nouvelles cartes du monde, qui sont surdéterminées par des discours articulant de nouvelles spatialisations, tels que la rhétorique du "choc des civilisations" à fins géopolitiques ou les processus de "marketing territorial" à fins touristiques. Evaluer leur rôle, ré-interroger la façon de dire le monde et ses régions : s'il y a nom - dénomination et toponymie - il y a appropriation, prisme culturel, prisme civilisationnel. L’invention continuée des noms de lieux et de territoires permet en effet de cerner la fonction toponymique entre transmission identifiante (à usage interne et externe), constitutive d’une anthropologie de l’espace, et matérialisation des effets de domination politico-économique. Analyser ce processus nécessite une approche rétrospective et contemporaine sur la fabrique toponymique, à différentes échelles, et une interrogation sur la place des géographes dans cette fabrique.
  • Créer des indicateurs pour cerner la « demande sociale » :  nature et statut des prescripteurs, modalités de financement, chaînage des niveaux d’intervention, partenariat occasionnel/récurent, tête de réseaux, thématiques, échelles d’intervention.

La construction d’indicateurs doit alimenter une identification de la « réception » de la géographie dans le corps social. Depuis un demi-siècle maintenant l’approche réflexive sur la discipline s’effectue essentiellement à partir des producteurs et de la production scientifique. Ce travail est nécessaire à l’explicitation des savoirs hybrides issus de l’articulation entre production académique et demande/production opérationnelles.

Cette démarche s’avère aujourd’hui essentielle, pour les étudiants, pour les chercheurs, pour les acteurs sociaux.

 

3. Terrains et travaux de recherches en cours
Les thématiques exploitées s’organisent autour de l’ingénierie et de l’aménagement de la ville, de la gestion environnementale, des pratiques d’aménagements récréatifs et touristiques, des actions d’expertise sur la durabilité, de la représentation cartographique. Leur problématique articule politique, expertise et enjeux sociaux pour expliciter la place et le statut des savoirs sur l’espace et les territoires dans les stratégies opérationnelles adoptées.
Terrains et échelles variées sont donc possibles. Sont néanmoins privilégiés, en fonction des travaux menés par les chercheurs et leurs doctorants, les espaces suivants : France (Rhône-Alpes), Etats-Unis, Japon.
Les thématiques font l’objet de recherches menées dans le cadre de doctorats et au sein d’une équipe de recherche interne à l’Université Lyon 2, intitulée « Nouvelles cartes du Monde ».

 

A -  Environnement, gestion et sensibilisation environnementales

Caroline Leininger Frezal (agrégée de géographie) a déjà engagé ses recherches sur « Savoirs, sensibilisation et stratégies d’acteurs ». Elle se propose d’élaborer une vision globale du système que constitue la sensibilisation à l’environnement et au développement durable. Il s’agit d’une double analyse. Le premier volet porte sur les acteurs de la sensibilisation, leurs stratégies et leur ancrage territorial. Le second est centré sur la discipline géographique ; il  interroge le rôle joué par la discipline dans l’apport de savoirs au sein des procédures de sensibilisation à l’environnement et au développement durable.
Cette seconde approche constitue un regard critique sur la géographie et son utilité sociale. Jusqu’à présent, la recherche sur la sensibilisation à l’environnement a essentiellement été investie par les sciences de l’éducation et les sciences naturelles. Ce constat s’impose au vu de tous les colloques sur le sujet. Celui de la Rochelle (2 et 3 juin 2005) sur « L’éducation à l’environnement dans les programmes scolaires » est à ce sujet assez révélateur. Les géographes étaient moins de dix. D’une manière générale, les sciences sociales traitent peu de la question. La prise en compte de l’Homme dans cette réflexion environnementale est laissée à la charge des sciences de la vie et de la terre, alors même que la géographie a investi depuis plusieurs décennies la question de l’interface nature/société.
L’analyse externe du thème doit expliciter les différents niveaux d’acteurs qui interviennent dans la sensibilisation à l’environnement : échelle nationale (programmes d’enseignement), régionale (acteurs politiques, financeurs  et prescripteurs des actions), locale (associations). Les échelons de préconisation et d’intervention s’emboîtent en créant des interactions. Le terrain concerne les actions entreprises sur le thème du Rhône et de l’eau dans la région lyonnaise, à proximité du fleuve.
L’analyse interne conduit à définir la nature des savoirs mobilisés dans le cadre de sensibilisations environnementales. Les connaissances géographiques utilisées ont-elles une origine savante ou une origine scolaire ? Cette interrogation, à la croisée de la science et de sa vulgarisation, conduit à une réflexion sur l’hybridation des savoirs. Un étudiant en M2 Recherche traitera des politiques d’ouverture au public  des espaces protégés de la région Rhône-Alpes, dans une perspective plus spécifique de politique régionale.

 

Alexandra Grandmougin s’engage dans une thèse sur la transformation d’un espace forestier de production en un lieu récréatif dans une zone péri-urbaine japonaise dans le Kyûshû septentrional (Japon). La production sylvicole est en chute libre au Japon tandis que s’affirme une demande sociale de plus en plus forte d’espaces récréatifs, sur fond de recomposition des valeurs paysagères. Les projets de protection de paysages anthropisés se multiplient au Japon, menés par les collectivités locales ou par l’Etat de concert avec des scientifiques qui dépendent généralement du Génie civil ou des sciences naturelles. Le concept de « développement durable des forêts » (acronyme anglais de SFM, Sustainable forest management) se propage au Japon mais on peut se demander comment il intègre la forte tradiction de protection-gestion sylvicole au Japon et les nouveaux problèmes dûs aux conflits d’usage de la forêt.

 

B - Développement durable, aménagements et stratégies de requalification, durabilité économique et sociale
Cet axe de recherche fait l’objet de quatre thèses qui explorent la question de la durabilité  et de sa mise en œuvre politique.

Une thèse (Stéphane Gallardo, agrégé de géographie) porte sur les conditions de transferts épistémologiques et méthodologiques de la notion de durabilité dans la sphère géographique. Si cette notion est de nos jours largement usitée, le travail réflexif de transfert et de migration conceptuels n’a guère été exploré. Au-delà d’un historique des transferts et usages notionnels, actuellement nécessaire, la recherche explore des recompositions disciplinaires induites par ce nouveau pilotage thématique chez les géographes français.
L’horizon de cette recherche est théorique tandis que deux autres investiguent plus spécifiquement des problématiques politiques et culturelles de mise en œuvre de la durabilité territoriale. Afef Khoufi, architecte, assistante à l’Université de Tunis traite de la ré-appropriation urbaine et touristique du site de Carthage dans la structuration de l’offre touristique tunisienne (on rattachera à cette problématique de doctorat celle d’un M2 Recherche sur l’infléchissement de la mise en tourisme vers des questions patrimoniales urbaines en Tunisie).

Romain David (venant d’un M2 Recherche de l’Université de Clermont-Ferrand) continue, à la suite d’un Master consacré au tourisme ferroviaire français, de développer ses recherches à l’échelle européenne sur le thème des politiques de requalification des réseaux ferroviaires dans le cadre du développement local.

Marie Augendre (agrégée de géographie) poursuit sa thèse sur le risque volcanique au Japon à partir d’une sélection de sites représentatifs : rural éloigné et moderne (Hokkaidô), rural surinsulaire et touristique (Miyakejima) et périurbain (Fuji-san, Sakurajima). La notion de risque volcanique s’accompagne au Japon de valeurs et de gestions contrastées. Si les éruptions causent régulièrement des dégâts autour des volcans actifs japonais, ceux-ci n’en cristallisent pas moins des usages qui tirent profit de leur présence, actuellement de plus en plus orientés vers le tourisme. Les projets de zonage des risques ne sont pas menés à terme ou restent flous pour éviter de faire fuir les activités touristiques, ce qui amène à reconsidérer toutes les thématiques de « développement durable ».
Par ailleurs, les aménagements qui visent à endiguer les effets des éruptions volcaniques participent du système politique et économique de l’Etat constructeur et bétonneur. Les sommes très importantes qui sont engagées soutiennent l’économie locale dans des régions souvent périphériques. Or ce système entrant en crise, on peut se demander dans quelle mesure il va affecter le discours et les mesures contre les risques au Japon.

 

C -  Nouvelles cartes du monde et production territoriale.
Dans le cadre des travaux menés par les enseignants chercheurs, un troisième terrain est structuré autour des processus d’appropriation/dénomination des lieux. Les recherches s’organisent à différentes échelles (USA, Extrême-Orient, Europe) et selon des chronologies longues. Le champ exploré est celui d’une relecture des modalités d’appellations des lieux et des territoires, à tous les niveaux scalaires (intra-régionale en France, avec la fabrique inventive touristique, jusqu’à l’extrême Asie avec la « mer d’Orient » ou les élections/sélections de limites territoriales étatsuniennes).

Céline Pajon, qui commence une thèse sur la géographie et la géographie des bases militaires étatsuniennes au Japon, analysera à plusieurs échelles la localisation des sites choisis, abandonnés ou privilégiés au regard des préoccupations locales et des évolutions tant nationales qu’internationales.

Dans le cadre de sa thèse sur la place économique et géopolitique du Kyûshû septentrional au sein de l’Asie orientale, Cécile Michoudet (agrégée de géographie) poursuivra ses travaux sur les enjeux géopolitiques d’appellation des espaces de cette zone (détroit de Tsushima/de Corée, mer du Japon/mer de l’Est).

Philippe Pelletier poursuivra ses recherches sur la cartographie et la dénomination historiques de la mer qui correspond à l’actuelle « mer du Japon », qui a suscité plusieurs publications et communications à des séminaires internationaux.

Christian Montès poursuivra sa recherche sur le statut géographique et géopolitique des capitalesdes Etats américains.

L’ensemble de ces travaux s’inscrit dans le programme Action émergente « La nouvelle carte du Monde » de l’Université Lyon 2 qui regroupe cinq chercheurs (Karine Bennafla, Paul Boino, Lydia Coudroy de Lille, Isabelle Lefort, Philippe Pelletier). Dans ce cadre, un séminaire bi-mensuel s’est tenu durant l’année universitaire 2004-2005, consacré à une exploration des  terminologies de la production territoriale : acteur, agent, actant ; les « nouvelles topoïtés métropolitaines ».
Il apparaît que la faible formalisation conceptuelle laisse vacante la réflexion endogène des géographes sur les outils d’analyse qu’ils utilisent, et ce à l’aval des références sociologiques. Le séminaire se prolonge durant l’année 2005-2006  et doit s’ouvrir dans le cadre de la prochaine UMR à des confrontations disciplinaires (Ph. Genestier, J. Comby).

 

D -  Notions et terrain chez les géographes
Yann Calbérac engage une thèse sur le rapport entre le terrain et les géographes. Au-delà des évidences, souvent implicites, ce travail devra mettre en lumière les relations entre la construction d’une identité chez les géographes et d’un corpus épistémologique, le poids des surdéterminations de la demande sociale, l’articulation entre les échelles et les temporalités – partant du postulat que les géographes sont à la recherche de lois et de structures en période historiquement agitée et, au contraire, d’évolutions et de transformations rapides en période historiquement plus calme.

 

4. Mise en œuvre
Ces axes de réflexions ainsi que les travaux menés, à la fois par les enseignants chercheurs et les doctorants engagés s’inscrivent essentiellement, à ce jour, dans le cadre  du Master Recherche Interface Nature-Sociétés. Il apparaît cependant nécessaire d’envisager à moyen terme la création d’un laboratoire de géographie sociale à Lyon 2, dont les orientations mettraient  nettement l’accent sur les interrelations du politique, du culturel et du social dans les enjeux territoriaux. La qualification de géographie sociale ne renverra plus alors uniquement à la prise en compte de la dimension sociétale, ni même de la question des inégalités sociales au sein des sociétés développées.
Ces orientations, qui ont fait, pour la première, la renommée de l’université lyonnaise à la suite des travaux initiés et menés par Renée Rochefort, doivent aujourd’hui être conçues de façon plus large,  conjuguant dans une même optique, les enjeux et les choix politiques et sociaux - dans leur dimension opérationnelle- et la production/circulation des savoirs sur ces mêmes territoires.
Cette perspective permettra d’articuler production de connaissances (sphère de la recherche, sphère opérationnelle, sphère civile), visibilité des savoirs (canaux de transmission : scolaire, associatif, médiatique) et reconnaissance sociale d’une pertinence géographique (pourquoi a-t-on besoin aujourd’hui de connaissances sur l’espace et ses sociétés et de quelles connaissances s’agit-il ?), afin de mettre en acte une réelle « implication géographique ». La médiation géographique doit trouver là un usage collectif et citoyen ainsi qu’une utilité sociale élargie. Ces recherches doivent pouvoir s’appuyer, à moyen terme également, sur la création d’un Master de géographie sociale, permettant d’offrir aux étudiants, dès ce niveau de formation, le bagage théorique et les pratiques de recherche adaptés, en tenant compte d’une ouverture aux sciences sociales concernées (économie et sociologie en particulier).

Les chercheurs engagés dans ces thématiques (enseignants-chercheurs, doctorants, étudiants en Master), une dizaine à ce jour, uniquement sur Lyon 2, animeront bimensuellement un séminaire. Celui-ci programmera en alternance l’élaboration critique d’un corpus référentiel, rassemblant des textes fondateurs et contemporains (faisant l’objet d’une publication) et séances de travail sur les thématiques de recherche en cours. Il fera notamment appel à des chercheurs de l’UMR 5600 (J. Comby, Ph. Genestier, Th. Coanus, N. Landon). L’Action émergente « Nouvelles cartes du monde » (Karine Bennafla, Paul Boino, Lydia Coudroy de Lille, Isabelle Lefort, Philippe Pelletier) s’adjoindra à ce calendrier.

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