Thème 31-39/A VILLE ET ENVIRONNEMENT
Gestion des objets de nature et environnement dans le territoire des villes
Porteurs du projet : Paul Arnould (ENS-LSH) et Jean-Yves Toussaint (INSA)
1. Un projet fédérateur
Les principes retenus pour la configuration de ce thème transversal sont les suivants :
A - Utiliser les potentiels respectifs de recherche de l'UMR 5 600, notamment du LRGE et de l'INSA (Equipe Développement Urbain) et ceux de l'UMR Biogeo, FRE 2545, permettant d'aborder les diverses facettes de la gestion des objets de nature dans le territoire des villes. De nombreux chercheurs sont susceptibles de participer à des recherches sur la place de la nature en ville et les enjeux de sa gestion. Voici une première liste non limitative et totalement ouverte
- La gestion de l'air abordée dans les travaux de Jacques Comby et de Saïda Kermadi notamment.
- La gestion de l'eau avec tout le potentiel de recherches abouties ou en cours de Jean-Paul Bravard, Hervé Piégay, Bernard Landon, Laurent Schmitt, Nicolas Jacob, …
- La gestion du minéral et des sols, concrétisé par les travaux de Josette Luquain, de Nicolas Jacob…
- La gestion du vivant illustrée par les recherches de Paul Arnould et de Vincent Clément.
B - Mobiliser le capital personnel et collectif de réflexions élaboré dans le cadre du labo BIOGEO et du GHFF (Groupe d'Histoire des Forêts Françaises) notamment, et de l'UMR 5600. Voici quelques exemples de publications indicatives et significatives portant sur le minéral, l'air et le vivant.
C - Fédérer, sans exclusive aucune, des chercheurs ayant déjà travaillé sur les questions d'environnement, sur l'air, l'eau, le minéral, les sols, le vivant, sur les questions épistémologiques de l'articulation du naturel, du social et du culturel.
D - S'accorder sur une démarche systémique, croisant au moins six systèmes interactifs : politico et juridico-système, économico- et technico-système, sociosystème, écosystème, géosystème et psychosystème.
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POLITICO-JURIDICO- SYSTEME |
TECHNICO-ECONOMICO- SYSTEME |
SOCIOSYSTEME |
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Constitution |
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Gestion,écocertification |
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Individus |
Lois |
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Ingénierie écologique |
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Groupes sociaux, classes |
Décrets |
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Filière-bois |
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Usagers |
Ordonnances |
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Bois d'œuvre, bois énergie |
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Pratiques |
Code |
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Pensée économique |
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Bien public, privé |
Propriété foncière |
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Prix, coûts, valeurs |
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Relations |
Droits d'usages |
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Capitalisme, impérialisme |
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Fréquentation |
Coutumes |
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Marxisme |
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Ruraux, urbains |
Fonctionnaires, agents |
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Marché, mondialisation |
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Accédants, possédants |
Procès |
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Compétition, libéralisme |
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Conflits |
Accords internationaux |
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Multinationales |
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Patrimoine,héritage |
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JURISTES/POLITOLOGUES |
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INGENIEURS |
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SOCIOLOGUES / HISTORIENS |
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VILLE ET ENVIRONNEMENT |
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ECOSYSTEME |
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GEOSYSTEME |
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PSYCHOSYSTEME |
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Flore : arbres, herbes |
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Territoires |
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Images, imaginaire |
Faune |
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Paysages |
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Perceptions |
Groupements, biomes |
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Echelles spatiales |
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Représentation |
Dynamiques, flux |
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Global, local |
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Symboles |
Climax, climat |
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Parcelle, massifs |
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Inconscient, subconscient |
Bilans d'énergie, de matière |
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Montagnes |
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Désirs, peurs, joies. |
Biomasse, productivité |
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Plaines, plateaux, collines |
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Mythes, modes |
Ecosystème, zone, tope |
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Domaines bioclimatiques |
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Rêves, instincts |
Stations |
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Analyse spatiale |
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Emotions, sentiments |
Sauvage, spontané |
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Répartition |
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Manipulation |
Roches en place, formation superficielle, sols |
Système d'Information Géographique |
Violence, refoulement, fantasmes |
Biodiversité |
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Zonal, étagement |
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Sacré, religieux |
Pollution |
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Réseaux, maillages |
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Identification |
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NATURALISTES/
ECOLOGUES |
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GEOGRAPHES |
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PSYCHOLOGUES |
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SYSTEMES |
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Mots-clés |
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DISCIPLINES |
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E - Jouer clairement et sans exclusive ou hégémonie le rapprochement inter-établissements de toutes les composantes institutionnelles lyonnaises.
F - Faire vivre une approche interdisciplinaire avec les historiens, les sociologues, les politiques, les ingénieurs, les gestionnaires… Les contacts existant avec le Groupe d'histoire des Forêts Françaises (séminaires et publications sur la nature dans la ville et hors la ville), le Cemagref, L'Onf (dans le cadre du programme Life "Urban woods for people"), le CRPF Auvergne et Limousin, la mission pour le schéma stratégique du Massif central, le Parc naturel du Morvan et le centre archéologique européen de Bibracte, les sociologues de l'INRA et les politologues de l'ENGREF à Clermont Ferrand (équipe POPTER) nous donnent une ouverture à l'échelle métarégionale et française. Les relations avec le groupe d'histoire de l'IUFRO (Union Internationale des instituts de Recherche Forestière) nous permettent d'envisager des prolongements de nos recherches à l'échelle européenne.
G - Trouver des angles d'attaques innovants sur le statut de la nature en ville.
Pour ce faire, il convient de revisiter les notions de nature, naturalité et naturalisation. La ville constitue un milieu fait entièrement de la main de l'homme. Il ne reste plus que le froid, le vent et la pluie dans les rues pour rappeler l'existence d'une nature pas toujours hospitalière. En ce sens la ville pourrait se définir comme le plus grand artifice. Qualifier ainsi la ville est rarement positif. L'artifice urbain est souvent perçu comme l'incarnation de l'anti-nature, voire, comme le summum de l'inhumanité. Elle symbolise l'arrachement de l'«homme» à la «nature», voire, à sa «nature». L'«homme» producteur d'artifices serait hors la nature (ou serait devenu hors de la nature).
Ce type de position est relativement bien partagé dans les doctrines écologiques et tout particulièrement dans les doctrines urbanistiques se référant aux préceptes du Développement Durable. La ville y est observée comme l'un des artifices les plus nocifs et antagonistes à la nature y compris, sans doute, à la nature humaine. Plus généralement, ce type de position se réclamant du Développement Durable reprend (plus ou moins délibérément) l'idée heideggérienne d'une nature commise comme fonds et entièrement livrée à la production par le biais des sciences et des techniques dans une perspective purement économiste d'une nature constituée en ressources pour l'«homme». La ville comme centre des activités économiques, techniques et scientifiques est par là-même le lieu de la sur-exploitation de la nature.
Au-delà des exagérations et des contenus idéologiques, la question urbaine, comme refondation des modes humains de territorialisation (l'urbanisation devenant le mode dominant de territorialisation), renouvelle l'opposition traditionnelle entre nature et culture. Les préceptes du Développement Durable qui reconstruisent cette opposition à partir de la notion d'environnement, donnent une direction sur la résolution contemporaine de cette opposition dans la praxis des sociétés contemporaines. En quelque sorte, le Développement Durable comme programme d'action et comme justification de l'action, en réactualisant l'opposition entre nature et culture, entre nature et artifice (ou activités anthropiques), proposerait une nouvelle alliance : l'environnement comme un hybride entre nature et artifice, une forme d'artifice naturalisé ou, plus exactement un artifice naturalisable. En cela les préceptes du Développement Durable seraient partagés par un large courant de pensée (écologie, protection de l'environnement, etc.) inquiet des effets de l'activités anthropiques sur l'avenir des sociétés humaines, proposant une nouvelle eschatologie du monde humain (l'au-delà étant celui des générations futurs qui doivent à leur tour commettre la nature pour leurs activités propres).
En effet, les préceptes du Développement Durable accolent systématiquement l'« environnement » et le « développement ». L'intégration des deux termes serait l'issue « viable » du développement contemporain. Cette intégration constitue une manière d'artifice qui serait compatible avec la nature en réconciliant activité anthropique et processus naturel. Autrement dit, seules seraient durables (viables) les techniques naturalisables, c'est-à-dire celles des techniques qui respectent la nature comme fonds et qui, commettant la nature en ressources, n'en aliènent pas le renouvellement. Ce point de vue n'est pas sans rappeler le point de vue de Jean-Pierre Séris pour qui le milieu artificiel peut être parfois «plus vrai que nature» : « […]. La synthèse techniquement opérée fait à point nommé et en connaissance de cause ce que la nature fait quelques fois, ou n'importe quand, ou quand il ne faudrait pas. Elle est plus vraie que nature ».
La pratique de l'aménagement urbain, à la lumière des préceptes du Développement Durable, est l'occasion de réinterroger les rapports entre nature et culture (ou milieux artificiels et anthropiques). Les travaux de recherche auraient pour objet à travers les plans d'action et les justifications que ces préceptes procurent, d'analyser les linéaments d'une nouvelle praxis ; praxis qui tenterait de résoudre l'antagonisme entre processus naturels et activités anthropiques à travers la possibilité d'une réalité hybride constituée d'objets naturalisés (ou de techniques «plus vraies que nature»). Ni nature, ni artifice, ces objets naturalisés constituent l'environnement humain, c'est-à-dire les conditions nécessaires à l'existence des sociétés humaines pour qui la nature en tant que système complexe reste à jamais incommensurable avec la complication des sociétés humaines et, en ce sens à jamais hostile… et nourricière. A ce sujet voir notamment :
- L'article «Techniques» in Heidegger Martin, 1995, Essais et conférences, première édition en 1954 sous le titre Vorträge und Aufsätze, traduit de l'allemand par André Préau, coll. Tel, éd. Gallimard, Paris, 352 p.
- Séris Jean-Pierre, 1994, La technique, coll. Philosopher, éd. PUF, Paris, 418 p.
- Stengers Isabelle, 2000, Réinventer la ville, le choix de la complexité, colloque les Urbanités, rencontres pour réinventer la ville, Département de la Seine Saint-Denis, Fondation 93, Citésplanètes, Montreuil, 36 p.
Il convient également de travailler, dans la même optique que celle détaillée précédemment sur des questions symboles de contradictions :
- Nature morte (figée, factice, style mobilier urbain, empaillée comme l'animal naturalisé) et nature vive (bionique, biotechnologie, urbanisme végétal…).
- Nature réelle et nature idéale ou idéalisée.
- Nature sauvage et domestique
- Nature indigène, locale et exotique, mondiale
- Gestion consensuelle et gestion conflictuelle
- Gestion en temps de crise et gestion en temps de calme.
2 - Place du thème dans le dispositif de la recherche
Les Français sont de plus en plus des urbains. En France, la proportion d'urbains a dépassé celle des ruraux entre les deux guerres, en 1932 (alors qu'en Grande Bretagne, les 50% de citadins sont atteints dès 1891). (Urbain, 2002). Le territoire des villes est le mode d'occupation du sol le plus dynamique au détriment des campagnes, des forêts et des friches (TERUTI). Actuellement 8% du sol français sont artificialisés (industrie, services, espaces résidentiels, infrastructures de transports) (Hervieu et Viard, 2001, Duby, 1985). La gestion des objets de nature dans les villes est donc une préoccupation relativement ancienne qui connaît un regain d'intérêt. La question de la nature en ville dépend étroitement des perceptions de la campagne et de la forêt
Le rapport des urbains à la nature est fortement biaisé. Il fonctionne sur des stéréotypes essentiellement écologiques, tendant à être instrumentalisé par le matraquage des médias. Les grands colloques de géographie urbaine et les récentes publications de synthèse sur la question urbaine accordent une place marginale à ces questions d'environnement urbain et de nature
3 - Questions/Problématiques
Doit on penser et gérer séparément la qualité de l'air, de l'eau, du minéral et du vivant (végétaux et animaux domestiques et sauvages, exotiques et indigènes), ou peut on déboucher sur des gestions intégrées et non sectorielles? A partir de ces compétences sectorielles, peut-on proposer un programme de recherche articulé autour de quelques interrogations fortes sur la spécificité des milieux naturels urbains :
- Changement global, effet de serre et îlot de chaleur urbain, quels liens ?
- Pollution de l'air, de l'eau, gestion des déchets et du bruit : des logiques semblables?
- Eaux pluviales : quels impacts du rejet des eaux pluviales urbaines dans le milieu naturel ?
- Que signifie la biodiversité en ville? Cette question sera bien évidemment traitée en lien avec les équipes du CEMAGREF de Lyon et de Grenoble qui abordent ces questions.
- Circulation des eaux sous contrainte, imperméabilisation des sols. Faut il revenir au naturel?
- Le géosystème urbain doit il être géré uniquement en fonction d'injonctions politiques, de critères techniques et d'une rationalité économique ou doit-il prendre en compte désormais de façon plus forte les particularités des demandes et des attentes des habitants de la ville, acteurs plus ou moins motivés et organisés, et les dimensions symboliques, imaginaires, mythiques qui sont fortement manipulées par tous les médias dans uns société de la consommation
- Que signifie une gestion durable de la nature et de l’environnement en ville?
- La multifonctionnalité, une des options stratégiques affichées par les récentes lois sur la forêt et l'agriculture, est elle applicable en ville?
4 - Projets
Les questions portant sur la multifonctionnalité et la biodiversité s'inscrivent dans deux programmes de recherches de niveau national. Le premier, intitulé "Contribution à une approche stratégique de la multifonctionnalité" a été accepté et financé par le MAAPAR (Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation, de la Pèche et de la Ruralité) et le GIS Economie Forestière. Le second, construit avec des ingénieurs et des économistes pour le MEED (Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable) et le GIP Ecosystèmes Forestiers porte sur "Recherche des voies, conditions et moyens d'une prise en charge renforcée des enjeux de la biodiversité par les propriétaires et gestionnaires forestiers" a été également retenu. Appliqués fondamentalement aux milieux forestiers de plaine et de montagne, ils comportent un volet urbain et mériteront d'être testés à propos des forêts urbaines et périurbaines. Une réflexion sur le rôle des images, des mythes, des symboles, des effets de mode a déjà été entamée. Elle sera poursuivie et développée.
Pour articuler de façon concrète les acquis des différentes équipes, les programmes en cours, les projets engagés, les réflexions théoriques, les études de cas, les approches issues de champ disciplinaires différents, un séminaire démarrera en décembre 2005, sur un thème simple, mais susceptible de servir de dénominateur commun aux différents chercheurs impliqués de façon forte ou plus ténue dans ce thème transversal. Son intitulé est "Faut-il renaturer la ville?". Ses organisateurs sont Paul Arnould, Vincent Clément, Jean Rieucau, Laurent Schmitt, Jean-Yves Toussaint (ENS LSH, équipe "Biogéo" ; Lyon 2, équipe "LRGE" ; INSA, "Equipe Développement urbain"). Ses objectifs sont affichés dans un court texte de présentation du premier séminaire prévu le vendredi 16 décembre 2005 :
"La ville est perçue par beaucoup comme un espace de non nature, voire d’anti nature. Cette position limite est-elle soutenable ? Pour d’autres la nature végétale et animale a toute sa place en ville.
Quelle place tient l'eau dans ces références à la nature? Objet inerte ou vivant? Sur les marges urbaines où l'extension spatiale modifie le cycle de l'eau quel peut être le statut des hydrosystèmes? Simples réceptacles des eaux pluviales ou milieu semi-naturel de qualité plurifonctionelle?
Entre la gestion des objets de nature au coeur de la ville et se qui se joue sur les marges où le front pionnier de l'urbanisation mord sur la campagne, les enjeux sont ils de même "nature"?
Quel est le véritable statut de la nature en ville, ensemble fonctionnel ou nature artificialisée, recomposée ? L’espace vert est il un espace naturel ou une forme de mobilier urbain ?
Que penser de toutes les tentatives de renaturer la ville ? Alibi, gadget ou tendance lourde et féconde des aménagements urbains ?"
Des prolongements sont prévus. L'objectif de ce séminaire est la production d'un ouvrage collectif, clôturant l'activité du séminaire.
5 – Programmes en cours
Sous-thème A-Morphodynamique fluviale en milieu périurbain : le cas de l’Ouest lyonnais (L. Schmitt)
Intégration du projet :
- dans le programme « GEstion de la Ressource en Eau dans les Hydrosystèmes Péri-URbains », financé dans le cadre de l’appel d’offre Prospectives de la Région Rhône-Alpes. Coordination : Michel LAFONT (Cemagref). Coordination des travaux géomorphologiques : Laurent SCHMITT (L2).
- dans le programme « Dynamique du Carbone et de l'Azote en rivière dans un gradient rural-urbain », financé dans le cadre de l’appel d’offre ECCO-PNRH du CNRS. Coordination : Pascal BREIL (Cemagref). Coordination des travaux géomorphologiques : Laurent SCHMITT (L2).
- Dans une Convention de partenariat en cours de signature entre le Grand Lyon et le CNRS (UMR 5600) « Etude hydro-géomorphologique des affluents et sous-affluents de l’Yzeron ». 10k€ HT. Durée : 18 mois. Responsabilité scientifique : Laurent SCHMITT (L2).
- Dans une Convention de partenariat en cours de signature entre le SAGYRC (Syndicat d'Aménagement et de Gestion de l'Yzeron, du Ratier et du Charbonnières) et le CNRS (UMR 5600) « Etude hydro-géomorphologique des affluents et sous-affluents de l’Yzeron et des branches principales du réseau hydrographique et définition d’indicateurs de suivi ». 75 k€ HT. Durée : 30 mois. Responsabilité scientifique : Laurent SCHMITT (L2).
Une thèse va débuter sur les thèmes de la dynamique et de la restauration des systèmes fluviaux péri-urbains. Ces divers travaux s’intègrent par ailleurs dans les activités de l’OTHU (Observatoire de Terrain en Hydrologie Urbaine) dont l’UMR 5600 fait partie. L’OTHU est lui-même une composante des sites de la Zone Atelier Bassin du Rhône.
L’intérêt scientifique et l’originalité du projet, l'enrichissement et le renouvellement du thème attendus de ces travaux
- Les impacts de l’urbanisation et de la péri-urbanisation sur la ressource en eau posent de nombreux problèmes de gestion, notamment en termes de qualité de l’eau, d’hydrologie, d’habitats physiques des milieux aquatiques et de biologie (Cyr et al., 1998 ; Paul et Meyer, 2001 ; Walsh et al., 2001). Le présent projet de recherche se focalise sur les dynamiques hydrologiques et morpho-sédimentaires des systèmes fluviaux impactés par l’urbanisation. Cependant, il s’articule également avec des études en cours (Lafont et al., 2000) ou à venir d’ordre hydro-biologique (programme GEREHPUR notamment).
- L’urbanisation d’une part significative d’un bassin versant induit des impacts hydrologiques assez bien identifiés : augmentation des pics de crue, augmentation de la fréquence des crues d’intensité faible à moyenne, augmentation du temps de réponse du bassin suite à un épisode pluvieux, (UNESCO, 1974 ; WONG et CHEN, 1993 ; RADOJEVIC et al., 2002). Ces modifications hydrologiques entraînent fréquemment des réajustements géomorphologiques importants sur les cours d’eau de tête de bassin ; il s’agit le plus souvent d’incisions et, fréquemment dans un second temps, d’élargissement des lits fluviatiles (Bledsoe et Watson, 2001 ; Blooth, 1990 ; Gregory, 1992). Ces ajustements sont en outre renforcés par la diminution de la charge sédimentaire due à l’imperméabilisation (Wolman, 1967).
Ces érosions verticales des ruisseaux de têtes de bassins posent des problèmes de gestion que l’on rencontre sur le bassin versant de l’Yzeron (Grosprêtre, 2002 ; Schmitt, 2002 ; Valin, 2003) :
- déstabilisation les ouvrages humains (buses, seuils artificiels, ponts…) ;
- déstabilisation des berges, d’où une accentuation de l’érosion latérale. Le cas échéant les versant latéraux peuvent être déstabilisés (glissements de terrain) ;
- sédimentation dans les branches principales des réseaux hydrographiques (Yzeron, Charbonnières) consécutive au déstockage sédimentaire à l’amont. Il en découle des problèmes d’ensablement en lit mineur, dommageables notamment aux activités halieutiques (comblement des mouilles, colmatage des zones de frai des salmonidés…) ;
- « appauvrissement » biologique par érosion de la couche active (zone hyporhéique) et/ou pavage du fond des chenaux ;
- enfin, les ruisseaux fortement incisés (plus de 2 m) présentent un danger potentiel pour les riverains (notamment les enfants).
Dans ce contexte, les gestionnaires sollicitent le monde scientifique pour répondre à deux types de questions :
- Comment prévenir les incisions de cours d’eau et est-ce que tous les sous-bassins présentent la même sensibilité à l’incision ?
- Lorsque l’incision à débuté, quelles sont les mesures correctives envisageables et quelle est leur efficacité ?
Ces préoccupations opérationnelles s’inscrivent bien entendu dans le cadre des mesures réglementaires liées à la gestion de la ressource en eau en application, notamment au calendrier de restauration fixé par la Directive Cadre Européenne sur l’Eau (Union Européenne, 2000).
Les échéances envisagées dans le déroulement de la recherche et la production de résultats
- Publication en cours de rédaction d’une méthode de classification hydro-géomorphologique des cours d’eau, élaborée notamment sur la base du réseau hydrographique de l’Yzeron.
- Publication prévue pour fin 2005 des premiers résultats des programmes de recherche PNRH (CNRS) et GEREHPUR (Région) sur les liens entre l’hydrologie, la géomorphologie, la qualité de l’eau et la biologie sur l’Yzeron : diagnostic écologique et résilience des systèmes aquatiques péri-urbains…
- sept. 2006 : résultats du diagnostic hydro-géomorphologique des affluents et sous-affluents de l’Yzeron et des branches principales du réseau hydrographique et proposition de mesures de réhabilitation (conventions de partenariat avec le Grand Lyon et le SAGYRC ; Thèse de Loïc GROSPRÊTRE).
L'interdisciplinarité de cette action est très forte :
- modélisation hydrologique : CEMAGREF, Unité de recherche Hydrologie-Hydraulique (HH), Pascal BREIL
- physico-chimie de l’eau : CEMAGREF, Unité de recherche qualité des eaux et préventions des pollutions.QEPP, Philippe NAMOUR ;
- biologie des systèmes aquatiques : CEMAGREF, Unité de recherche Biologie des écosystèmes aquatiques/DEA, Michel LAFONT et Univ. Lyon1, UMR 5023, Florient Malard.
Sous-thème B - Dynamique de l’urbanisation et changement environnemental en Méditerranée occidentale (Jean Rieucau, Professeur de géographie, Lyon 2)
Le tourisme depuis les années 1955 constitue un des moteurs de la diffusion urbaine. Il produit d’autre part de l’urbain (station touristiques devenant des villes-stations, se muant en lieux de vie), le phénomène s’accélérant depuis les années 1990. Les stations devenues villes, sont aujourd’hui des objets de recherche géographique (ville permanente, ville saisonnière, dualisme urbain, fragmentation urbaine, déplacement du centre décisionnel de la ville prétouristique à la ville touristique) qui se positionnent au carrefour de la géographie du tourisme, des loisirs et de la géographie urbaine. Au sein des stations stricto sensu, à l’intérieur des villes touristiques, les réflexions menées autour du statut de la nature dans la ville, de la place des espaces verts au sein des espaces publics,la création croissante de coupures et de coulées, de cheminements verts, aux dépens d’anciennes zones urbanisées (sur l’Arc méditerranéen, en particulier dans les îles Baléares, sur les Costa Daurada et Costa Brava, en Espagne…) sont devenues des impératifs qui sous-tendent les politiques urbaines, pour freiner la baisse des fréquentations, pour capter de nouvelles clientèles, pour s’adapter aux nouvelles formes de résidentialité (sociétés à géographie mobile, multirésidentialité).
Dans l’ensemble des lieux touristiques côtiers de l’Espagne méditerranéenne, au début du XXIe siècle, la recomposition des centralités urbaines participe du renforcement de l’emprise spatiale des espaces verts et publics. Au sein des stations touristiques littorales, un modèle spatial, alliant renaturation et sauvegarde de l’environnement peut être distingué. Il différencie clairement trois types d’espaces et de paysages de nature dans la ville :
B-1. Les promenades littorales, des parcs urbains publics et côtiers d’un nouveau type
La « façade maritime centrale » de la station se compose systématiquement d’une promenade littorale conçue tel un parc urbain (« renaturation idéalisée », fondée sur des espèces végétales exotiques, principalement des variétés de palmiers allogènes, symbole d’hédonisme, de vacances, associé aux représentations d’une nature participant d’un ailleurs tropical) rappelant le « jardin de bord » de mer des premiers lieux touristiques de la Riviera et la Côte d’Azur à la fin du XIXe siècle. Au début du XXIe siècle, architectes, urbanistes, paysagistes, assignent trois objectifs combinés à ces « promenades-parcs » : un usage ludique et récréatif, sociétal (rencontres, découverte de l’autre, brassage touristes-résidents permanents), renaturer la ville. Ces parcs urbains publics et côtiers constituent des objets de recherche non spécifiques au tourisme pouvant fédérer, sans exclusive, des chercheurs travaillant sur les problèmes d’environnement, sur les questions épistémologiques situées à l’articulation du naturel, du social et du culturel.
Ce promenoir côtier constitue un espace public complexe, situé aux limites de l’oekoumène. Le réaménagement des promenades touristiques littorales, en Europe, au début du XXIe, constitue des opérations de « récupération urbaine, paysagère », d’intégration d’un milieu semi-naturel, la plage, à des espaces publics urbains. L’urbanité tend à gagner une des franges de l’oekoumène. Promenades littorales et plages sont pensées et aménagées ensemble, afin de faciliter leurs interrelations et leurs usages associés.
En Espagne, les promenades littorales marquent la limite d’extension de la ville, en direction d’un espace semi-naturel : la plage, ce qui impose de contenir la pression urbaine (la Ley de Costas, article 44.52). Les municipalités mènent, depuis les années 1990, en front de mer, des opérations de récupération urbaine, aux dépens de parcs de stationnement, d’espaces forains, de terrains de camping, d’hôtels de la première génération construits dans les années 1955-1960.
B-2. Des espaces où la protection de la végétation littorale spontanée est assurée.
Afin de contenir l’urbanisation littorale et d’atténuer l’impression de massification touristique, l’ensemble des stations procède à une récupération du domaine public littoral, au moyen de la mise en place de cheminements verts, piétonniers et côtiers, en garantissant leur usage public. Dans ces zones, le traitement du vivant diffère du « lieu métonymique central » (promenade littorale enchassée en cœur de station), par une sauvegarde de la « nature indigène ». La mise en place de ces zones vertes littorales procède, d’une part, de l’expropriation et de la destruction de constructions illégales d’une part, d’une protection de la végétation spontanée littorale au moyen d’une récupération des espaces non bâtis (pinèdes côtières, vallons couverts de garrigues, protection d’espèces locales de palmiers, de tailles basses, adaptés aux embruns). L’objectif des urbanistes réside dans un usage déambulatoire et public, au sein d’un paysage de nature, qui concerne les zones situées immédiatement en arrière du linéaire côtier, excluant les usages ludiques et le balnéarisme, mais privilégiant l’observation du panorama marin.
B-3. Des coupures vertes entre l’urbanisation des années 1960-1970 et les extensions du début du XXIe siècle.
La « nature recréée », en dehors de la promenade littorale centrale et de la nature protégée en bordure du linéaire côtier, procède d’un processus de renaturation triple, de la ville du futur. L’aménagement des nouveaux espaces publics (squares et micro promenades urbaines) au sein de la ville s’appuie sur une végétalisation, au moyen d’espèces locales (oliviers, lauriers roses, amandiers…). Les plans d’extension de la ville prévoient la mis en place d’une nouvelle « entrée de ville » faisant une grande place aux espaces verts.
D’autre part, entre le tissu urbain hérité de la phase de massification touristique des années 1955-1970 et les extensions urbaines planifiées jusqu’en 2010, prendra place une coulée ou « mur vert » voire « circuit vert », permettant un cheminement d’une part d’un point à un autre de la ville, d’autre part une double connexion piétonnière avec la promenade littorale arborée ainsi qu’avec qu’avec le chemin littoral bordé d’une végétation climacique. Cette coulée verte utilisera des espèces végétales autochtones aux rythmes de croissance différenciés selon les futurs « lieux arborés » (oliviers, arbres fruitiers, jeunes pins, peupliers…), servant de transition, « d’annonce végétale » avec les espaces ruraux périphériques à la ville touristique. Renaturation, socialisation (« déambulation socialisante »), seront privilégies, excluant toute forme de privatisation ou de marchandisation de la coulée verte.
Le nouveau thème s'inscrit dans un héritage de travaux divers qu'il importe de développer, de coordonner et de recadrer. Les participants par delà leur diversité sont tous engagés dans le pari d'une nouvelle interrogation, territorialement ancrée dans des espaces différenciés (région lyonnaise, France, Europe, pays méditerranéens…), en liaison avec les grands débats actuels sur la place de la nature en ville, la multifonctionnalité, la biodiversité et le développement durable.
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